Retraite progressive : quels sont les avantages, les inconvénients et les pièges à éviter ?

La retraite progressive permet, en fin de carrière, de réduire son temps de travail tout en percevant une partie de sa pension de retraite. Mais, avant d'en faire la demande, il est essentiel de bien comprendre en quoi cela consiste exactement et quelles sont les limites : baisse de revenus plus importante que ce que vous aviez prévu, trimestres non validés… Découvrez les avantages de ce dispositif, mais aussi les principaux pièges et les précautions à prendre avant de vous lancer.

Qu'est-ce que la retraite progressive et comment ça marche ?

La retraite progressive est un dispositif qui vous permet de percevoir une partie de votre pension de retraite de base et complémentaire, tout en poursuivant une activité à temps partiel. Il s'agit d'une forme de cessation progressive d'activité encadrée par la loi, qui vous permet de réduire votre rythme de travail en fin de carrière.

Concrètement, vous réduisez votre temps de travail de 40 % à 80 % d’un temps plein. La baisse de salaire liée au passage à temps partiel sera compensée par le versement d'une fraction de votre pension de retraite :

  • si vous travaillez à 40 %, vous percevez 60 % de votre pension de retraite
  • si vous travaillez à 60 %, vous percevrez 50 % de votre pension de retraite
  • Si vous travaillez à 70 %, vous percevrez 30 % de votre pension de retraite…
     

L'avantage ? Vous continuez à cotiser pour votre retraite pendant toute cette période de temps partiel. Votre pension de retraite sera recalculée au moment de votre départ définitif, en tenant compte de ces nouveaux droits acquis.

Qui peut bénéficier de la retraite progressive ?

Age et conditions d'éligibilité pour les salariés du secteur privé

Si vous êtes salarié du secteur privé, vous devez réunir trois conditions pour accéder à la retraite progressive :

  • Avoir au moins 60 ans, quelle que soit votre année de naissance.
  • Justifier d'une durée d'assurance d'au moins 150 trimestres cotisés à l'assurance retraite, tous régimes de base confondus auprès de la sécurité sociale.
  • Exercer une ou plusieurs activités à temps partiel à titre exclusif, représentant entre 40 et 80 % de la durée légale ou conventionnelle du travail à temps plein.
     

>> A lire aussi : Temps partiel et retraite : impacts et solutions

Age et conditions d'éligibilité pour les travailleurs indépendants

En tant que travailleurs indépendants (artisans, commerçants) vous pouvez bénéficier de la retraite progressive aux mêmes conditions d'âge et de trimestres que les salariés (avoir 60 ans et justifier d'au moins 150 trimestres cotisés). Vous devez également réduire vos revenus professionnels de 20 % à 60 % par rapport à l’activité précédente.

Une condition supplémentaire s'applique : vous devez exercer votre activité indépendante à titre exclusif. Cela signifie que vous ne pouvez pas cumuler plusieurs activités professionnelles pendant cette période.

La retraite progressive pour les fonctionnaires, avocats et professionnels libéraux

Depuis l’entrée en vigueur de la réforme des retraites de 2023 (lire plus bas), le 1er septembre 2023, la retraite progressive est également accessible aux agents de la fonction publique d'État, hospitalière et territoriale, aux avocats et aux professionnels libéraux. 

Les fonctionnaires(1) doivent remplir les 3 conditions suivantes : 

  • Être âgé d’au moins 60 ans
  • Justifier d'une durée d'assurance et de périodes reconnues équivalentes fixée à 150 trimestres auprès d’une ou plusieurs caisses de retraite de base
  • Exercer une activité salariée à temps partiel comprise entre 50 % et 90 % d’un temps complet. Cette condition n'est pas exigée si vous occupez un emploi à temps non complet ou incomplet. Si vous occupez plusieurs emplois à temps non complet ou incomplet, votre durée totale de travail ne doit pas dépasser 90 % d'un temps complet.
     

Un fonctionnaire ne doit par ailleurs pas exercer d'autre activité professionnelle que son activité dans la fonction publique. 

À noter : il est possible, en temps que fonctionnaire, de demander à bénéficier de la retraite progressive si vous êtes déjà à temps partiel (le temps partiel pour motif thérapeutique ne fait pas partie des temps partiels ouvrant droit au bénéfice de la retraite progressive)

Pour les professions libérales(2), les conditions sont les suivantes :

  • Avoir 60 ans ou plus (pour les retraites progressives prenant effet à partir du 1er septembre 2025) ;
  • Justifier d’au moins 150 trimestres d’assurance, toutes activités confondues ;
  • Travailler à temps partiel ;
  • Exercer à titre exclusif une activité libérale ;
  • Et justifier d’un revenu d’activité d’au moins 40% du SMIC (le revenu pris en compte est celui de l’année N-2).

Les 7 principaux pièges de la retraite progressive à 60 ans

1 - Une diminution de vos revenus plus importante que prévue

L’un des principaux risques à anticiper dans le cadre d’une retraite progressive est une diminution de vos revenus plus importante que prévue. Il est en effet important d’avoir en tête que, souvent, la fraction de pension de retraite versée ne compense pas la totalité de la diminution de revenu liée à un passage à temps partiel.

Selon votre niveau de rémunération, vos primes ou encore le montant de votre future pension de retraite, la perte de revenus peut être plus importante que vous ne l'imaginez.

Avant toute demande, il est recommandé de réaliser une simulation afin d'évaluer précisément votre éventuel revenu mensuel.

2 - Une pension provisoire bloquée pendant une année

Le montant de la pension de retraite progressive qui vous est versée reste constant pendant un an, et ce, même si vous diminuez encore votre temps de travail. Cette réduction ne sera pas prise en compte immédiatement dans le calcul de votre pension de retraite, mais seulement à partir du premier jour du mois suivant la fin de la période d'un an.

3 - Le risque de ne pas valider vos trimestres retraite

Comme tout passage à temps partiel, la réduction de votre temps de travail dans le cadre d’une retraite progressive peut avoir un impact important sur votre future retraite. En effet, pour valider un trimestre au régime de retraite de base en 2026, il faut avoir perçu 150 fois le montant horaire brut du SMIC (12,02 € / h en 2026), équivalent à 1 803 € brut mensuel. Si votre temps partiel ne vous permet pas d’atteindre ce montant, vous ne validerez pas vos 4 trimestres annuels pour votre retraite.

Au-delà de la durée d'assurance, un autre impact concerne le calcul de votre retraite de base. Le salaire annuel moyen étant calculé sur les 25 meilleures années de votre carrière, si vos années à temps partiel figurent parmi celles-ci, elles peuvent abaisser la moyenne de vos revenus annuels et donc réduire le montant final de votre pension du régime de base. Cette diminution du salaire de référence s'ajoute à la perte immédiate de revenus liée au passage à temps partiel.

4 – Une diminution de vos droits à la retraite complémentaire

En exerçant une activité professionnelle à temps partiel, vous cotisez moins. Et cette diminution des cotisations peut avoir pour conséquence une acquisition moins importante de points auprès de votre régime de retraite complémentaire, par exemple l’Agirc-Arrco pour les salariés du secteur du privé.

Ainsi, même si vos droits à la retraite de base continuent d'évoluer, il est important d’évaluer également l'impact sur votre retraite complémentaire.

5 – Les heures complémentaires limitées

La limitation des heures complémentaires est également l’un des éléments à prendre à compte.

Les heures complémentaires correspondent au temps de travail effectué par un salarié à temps partiel au-delà de la durée fixée par son contrat. Les heures supplémentaires elles, correspondent aux heures travaillées au-delà de la durée légale hebdomadaire (35 heures ou une durée assimilée).

Dans le cas de la retraite progressive, le nombre d'heures complémentaires autorisées est limité à 10 % du temps de travail. Par exemple, si votre contrat prévoit 20 heures hebdomadaires, vous ne pourrez pas travailler plus de deux heures par semaine en sus. Votre convention collective peut toutefois porter cette limite jusqu'à un tiers de votre durée de travail contractuelle.

Si vous souhaitez augmenter temporairement votre activité pour améliorer vos revenus, cette limitation peut donc devenir contraignante.

6 – La surcotisation dépend de votre employeur

Dans le cadre d’une retraite progressive, il est parfois possible, sous certaines conditions, de continuer à cotiser comme si vous travailliez à temps plein. Une surcotisation qui permet de préserver davantage vos droits à la retraite mais qui n’est, toutefois, pas automatique.

Elle nécessite en effet un accord écrit de votre employeur, qui reste libre d'accepter ou non cette demande.

7 – Le passage à temps partiel peut être refusé

Si votre employeur considère que votre passage à temps partiel est incompatible avec les besoins de l’entreprise, il a la possibilité de vous le refuser, même dans le cadre du dispositif de retraite progressive. Il est conseillé d’échanger en amont avec son employeur afin d’anticiper l’organisation de sa fin de carrière.

Comment faire une demande de retraite progressive ?

Demander un passage à temps partiel à votre employeur

Si vous n'êtes pas déjà à temps partiel ou à temps réduit (pour les salariés en forfait jours), il est recommandé de faire une demande à votre employeur au moins 5 mois avant la date souhaitée de votre retraite progressive. Cette demande doit être transmise par courrier recommandé avec avis de réception. Vous devez notamment y indiquer :

  • La durée de travail souhaitée
  • La date envisagée pour la mise en œuvre de votre temps partiel

A partir de la réception de la demande, votre employeur a deux mois pour vous répondre. Passé ce délai, votre demande est considérée comme acceptée.

A savoir : votre employeur peut refuser votre demande de retraite progressive pour un seul motif : l’incompatibilité de la durée de travail demandée avec l’activité économique de l’entreprise ou la continuité du service. Son refus doit être motivé par écrit et envoyé par lettre recommandée avec avis de réception. Toutefois, s'il existe un accord collectif d'aménagement de fin de carrière dans l'entreprise, votre employeur ne peut pas vous refuser ce dispositif.

Transmettre votre demande de retraite progressive à votre caisse de retraite

Vous devez remplir le formulaire dédié disponible sur le service en ligne de l'Assurance retraite et faire remplir l'attestation de retraite progressive par votre employeur. Pensez aussi à joindre au formulaire et à l'attestation les documents suivants :

  • Une copie de votre contrat de travail à temps partiel.
  • Une copie de l'attestation de retraite progressive complétée par votre employeur.
  • Une déclaration sur l'honneur attestant que vous n'exercez plus aucune autre activité professionnelle que celle correspondant à votre contrat à temps partiel, accompagnée de tout document justificatif de cette situation.
  • Les bulletins de paie des douze derniers mois précédant la date de dépôt de votre demande de retraite progressive.
     

Pour certaines retraites complémentaires (AGIRC-ARRCO, IRCANTEC, etc.), une demande spécifique devra être déposée pour chaque régime.

Les avantages de la retraite progressive : est-ce intéressant ?

La retraite progressive peut être une excellente façon de se préparer à l'arrêt total d'activité avec une perte de revenu limitée et présente également l’avantage majeur de vous permettre de continuer à cotiser : vous validez ainsi des trimestres de retraites et améliorez le montant de votre pension de retraite définitive. Votre employeur peut également vous autoriser, par écrit, à surcotiser sur la base d'un temps plein, vous permettant d'obtenir la même retraite que si vous aviez travaillé à temps complet jusqu'à votre départ définitif.

Parmi les avantages de la retraite progressive, on peut également noter le passage en douceur de la vie active à la retraite avec le maintien d’un lien professionnel qui peut, pour certains, faciliter l'adaptation à un nouveau rythme de vie.

Pour de nombreux actifs, elle constitue une solution intéressante lorsqu'elle est correctement anticipée.

Simulateur de calcul de la retraite progressive : estimez vos revenus

Si l’on considère la durée légale du temps de travail, soit 35 heures hebdomadaires, la durée de travail à temps partiel dans le cadre d’une retraite progressive sera comprise entre 14 heures pour une activité à 40 % et 28 heures pour une activité à 80 %.

Dans le cadre d’un contrat au forfait jours, la durée annuelle maximale de travail étant de 218 jours, le temps partiel sera compris entre 88 jours (sur la base 40 %) et 174 jours (sur la base 80 %).

Pour calculer le montant de vos revenus pendant votre période de retraite progressive, vous devez :

  • Déterminer votre salaire mensuel à temps partiel : votre salaire horaire brut multiplié par le nombre d'heures hebdomadaires (x 52) divisé par 12.
  • Effectuer, auprès de l’Assurance Retraite, le calcul provisoire de la fraction de votre pension de retraite, en fonction de vos droits lors de votre admission en retraite progressive. Par exemple, si vous travaillez 14 heures par semaine, au lieu de 35 heures, votre activité représente 40 % d'un emploi à temps plein. Le taux de la fraction de pension qui vous est versée correspondra alors à 60 % (100 – 40) de votre droit à pension. Le calcul de votre pension de retraite provisoire prend en compte vos meilleures années de revenus, selon les règles habituelles du régime de base.
     

Pour obtenir une estimation personnalisée et précise de votre situation, il est recommandé d'utiliser le simulateur officiel « Estimer le montant de ma retraite » disponible sur le site de l'Assurance retraite. Cet outil vous permettra de visualiser différents scénarios en fonction de votre âge de départ et de votre durée de travail à temps partiel. Vous pourrez ainsi anticiper sereinement votre transition vers la retraite définitive.

Retraite progressive : ce que change la réforme des retraites de 2023

La réforme des retraites de 2023 a profondément transformé l'accès à la retraite progressive. La loi n° 2023-270 du 14 avril 2023 de financement rectificative de la sécurité sociale a élargi ce dispositif à de nouvelles catégories d'actifs, marquant une évolution importante du système de retraite français.

Jusqu'alors réservée aux salariés du secteur privé, aux artisans et aux commerçants, la retraite progressive est, depuis le 1er septembre 2023, accessible aux fonctionnaires des trois versants de la fonction publique (État, territoriale et hospitalière), aux magistrats, ainsi qu'aux professionnels libéraux et aux avocats.

L'autre changement notable concerne l'âge d'accès au dispositif. Deux nouveaux décrets publiés au Journal officiel le 23 juillet 2025 ont fixé l'âge minimal à 60 ans pour tous les assurés, quelle que soit leur année de naissance. Cette mesure, applicable aux pensions de retraite prenant effet à compter du 1er septembre 2025, simplifie considérablement les conditions d'éligibilité. Auparavant, l'âge variait entre 60 et 62 ans selon la génération.

Ces évolutions facilitent également les démarches pour les salariés : l'employeur doit désormais justifier son refus de temps partiel dans le cadre d'une demande de retraite progressive, et son silence au-delà de deux mois vaut acceptation. La durée d'assurance requise reste fixée à 150 trimestres, tous régimes confondus.

(1) Retraite progressive de l'agent public | Service Public
(2) Info Retraite - Retraite progressive

Questions fréquentes sur la retraite progressive