Retraites : une hausse de 1,6% des pensions de base en 2027 ?
Alors qu'en 2026, les pensions de retraite de base ont été augmentées de 0,9 %, leur revalorisation pourrait atteindre 1,6 % en 2027
Le projet de loi de finances pour 2027 a été présenté jeudi 1er octobre 2026 par le Premier ministre, Sébastien Lecornu. Quelques jours avant, l’Institut des politiques publiques avait passé au crible quelques-unes des pistes envisagées(1) visant à faire davantage contribuer les retraités au redressement des comptes publics.
Le projet de loi de finances (PLF) et le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) pour 2027, présentés en Conseil des ministres jeudi 1er octobre 2026, prévoient de mettre à contribution les retraités à hauteur de 5,5 milliards d'euros, dans le cadre du financement du redressement des comptes publics.
Le gouvernement a ainsi proposé une série de mesures, parmi lesquelles la baisse du plafond de l'abattement fiscal de 10 %, la sous-indexation d'une partie des pensions de retraite et la transformation de la majoration des pensions à partir de 10 %. Il s'agit-là de propositions qui pourront être supprimées, ou modifiées, dans le cadre des débats parlementaires à venir.
Dans une note publiée le 28 septembre(1), en amont de la présentation du projet de budget 2027, l’Institut des politiques publiques (IPP) a chiffré les conséquences de plusieurs mesures alors envisagées pour les retraités. Les chercheurs ont ainsi étudié trois grandes pistes, déclinées en neuf scénarios : supprimer ou réduire l’abattement fiscal de 10% dont bénéficient les retraites pour le calcul de l’impôt sur le revenu, rapprocher la Contribution sociale généralisée (CSG) des retraités de celle des actifs et geler, totalement ou partiellement, les pensions de retraite de base.
>> Dans le projet de loi présenté ce jeudi 1er octobre, l'exécutif ne propose pas la suppression total de l'abattement fiscal de 10 % sur les revenus des retraités, mais un abaissement de son plafond, qui passerait de 4 439 € à 3 000 €
La suppression de l’abattement fiscal de 10 % sur les pensions serait, parmi les scénarios étudiés par l'IPP, celui qui entraînerait la perte moyenne la plus importante. La mesure rapporterait 5,4 milliards d’euros par an aux finances publiques.
Selon les calculs de l’IPP, 65 % des retraités seraient perdants. Pour les personnes concernées, la baisse atteindrait 41 euros par mois en moyenne, soit 492 euros par an. La perte augmenterait logiquement avec le niveau des retraites perçues.
Pour certains retraités bénéficiaires d’aides au logement, la suppression de l’abattement de 10 % aurait également des répercussions sur le montant de ces prestations, calculées en fonction de leur revenu imposable. Comme celui-ci progresserait, les aides seraient moins conséquentes.
>> Le projet de loi du gouvernement présenté ce jeudi 1er octobre ne mentionne pas la CSG, mais cette piste avait été évoquée précédemment
Deuxième piste étudiée par l'IPP : aligner la CSG payée par une partie des retraités au taux appliqué pour les actifs. L’IPP a simulé un passage à 9,2 % pour les retraités actuellement soumis au taux médian (6,6 %) et au taux plein (8,3 %).
Une telle mesure procurerait 4,2 milliards d’euros de recettes supplémentaires. Elle ferait 69 % de perdants parmi les retraités, avec une perte moyenne estimée à 32 euros par mois pour ceux qui seraient concernés (384 euros par an).
Les retraités les plus modestes, assujettis au taux nul (0 %) ou au taux réduit (3,8 %), ne seraient pas touchés. Le taux de CSG des retraités est déterminé en fonction de leur revenu imposable, de la composition de leur foyer fiscal et de leur lieu de résidence.
>> Dans le projet de loi du gouvernement présenté jeudi 1er octobre figure une mesure qui consisterait à ne revaloriser qu'une partie des pensions (inférieures à 85 % du Smic)
Le gel des pensions de base (l’indexation des pensions complémentaires est fixée par les caisses de retraite) aurait des effets beaucoup plus largement répartis. Si les retraites des personnes déjà pensionnées en 2026 n’étaient pas revalorisées en fonction de l’inflation, 94% des retraités subiraient une perte de pouvoir d’achat, estime l’IPP.
La perte atteindrait 29 euros par mois en moyenne pour les personnes concernées, c’est-à-dire 348 euros par an. Le gel réduirait les dépenses de retraite de 6,6 milliards d’euros. Mais cette économie serait en partie rognée par une diminution des recettes fiscales et sociales, ainsi que par une hausse de certaines prestations, notamment l’Allocation de solidarité aux personnes âgées (Aspa).
L’Aspa est versée aux personnes âgées de 65 ans et plus disposant de faibles ressources. En l’absence d’indexation de leur retraite de base sur la hausse des prix à la consommation, certains retraités pourraient devenir éligibles à cette allocation. Le gain net pour les finances publiques serait ainsi ramené à 5,2 milliards d’euros.
Cibler le gel sur les pensions globales (retraites de base et retraites complémentaires confondues) supérieures à 3 000 euros brut par mois limiterait fortement le nombre de seniors concernés : seulement 18 % des retraités seraient alors perdants. Mais le rendement de la mesure tomberait à 1,2 milliard d’euros.
L’IPP en convient : comparer ces dispositifs s’avère délicat puisqu’ils ne génèrent pas les mêmes économies. L’Institut a donc également construit trois scénarios procurant chacun environ 1,5 milliard d’euros aux finances publiques.
Le premier consisterait à porter à 9,2 % uniquement le taux plein de CSG des retraités (actuellement à 8,3%). Le deuxième scénario limiterait à 1,5 %, au lieu de 2,5 % (l’inflation estimée), la revalorisation des pensions supérieures à 1 639 euros par mois. Le troisième ramènerait à 2 545 euros par foyer le plafond de l’abattement fiscal de 10 % en 2027, contre 4 439 euros en 2026.
À rendement identique, les effets redistributifs restent très différents. Les variantes portant sur la CSG et l’abattement fiscal concentreraient davantage l’effort sur « la moitié supérieure de la distribution » des niveaux de vie, selon l’IPP.
La sous-indexation des pensions toucherait, en revanche, également des ménages relativement modestes. L’Institut explique ce résultat par le fait que le seuil serait déterminé à partir du montant de la retraite individuelle, et non des revenus globaux du ménage.
Enfin, les différentes pistes n’auraient pas le même effet sur les comptes du système français de retraite. Une absence de revalorisation annuelle ou une indexation inférieure à l’inflation réduirait directement les dépenses consacrées aux pensions.
À l’inverse, une hausse de la CSG ou une réduction, voire une suppression, de l’abattement de 10% générerait des recettes supplémentaires pour les finances publiques, mais sans améliorer les comptes du système de retraite. Pour que ces mesures fiscales contribuent directement à son financement, tout ou partie des recettes dégagées devrait lui être affectée.
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